L’Heure du thé *4

L’Heure du thé est un podcast et une série de rencontres que je propose au Grütli. Des conversations enregistrées en public, des créations sonores, des interviews et des enquêtes menées micro en poche pour aborder le versant concret de la création dans les arts du texte et du langage. Le dimanche 15 novembre 2020 le Grütli était fermé au public. L’Heure du thé fut déplacée à l’heure du brunch, et j’ai retrouvé Dorothée Thébert, Filippo Filliger et Jérémie Gindre pour une lecture, une conférence & une conversation. On a parlé de valises vides et livres brûlés, fouille archéologique et chantier de roman, tas de terre et urne remplie d’épices, expédition et méditation, ruines et maquettes, amour et effondrement. On a évoqué Caligula, Donald, (mais pas) Petzi, Fellini, Montag, Diane/Artémis et abuelita. On a transformé la salle de spectacle en studio de radio, et on a parlé dans les micros. Aucune dramaturgie, pour laisser de la place à la mélancolie qui était là aussi.

En écoute ici.

L’Heure du thé *3

Fabienne Radi, Carla Demierre et Célia Houdart

L’Heure du thé est un podcast et une série de rencontres que je propose depuis le mois de septembre 2020 au Grütli à Genève. Des conversations enregistrées en public, des créations sonores, des interviews et des enquêtes menées micro en poche pour aborder le versant concret de la création dans les arts du texte et du langage. 

Le dimanche 27 septembre 2020, Fabienne Radi et Célia Houdart sont venues au Grütli pour parler de leur pratique d’écriture et raconter un projet en cours. Elles ont décrit dans le détail, avec méthode, sens de l’humour, léger flou, zones de brouillage et une grande délicatesse, le travail de l’écriture. Devant un thé rooibos et un terrible rouleau à la cannelle, on a regardé tous ensemble dans le cœur de la machine. Et on a pris le temps d’examiner chaque pièce, détail, point de colle, fragment, lisière de couture.

Deux podcast sont issus de cette rencontre enregistrée, où l’on parle de : Nina Childress, les années 1980, la peinture, le punk, le monde de l’art, des histoires de famille, rat des villes/rat des champs, le genre biographique, la contrainte et la commande en écriture, quand le personnage est votre amie, retranscrire une voix enregistrée, good writing/bad writing ?, écrire vite, tresser des voix pour raconter, où couper/que rajouter, et quand l’état d’esprit est « faire avec »,chercher le flou, reconstituer des faits, regarder des photographies, raconter l’histoire d’un ami, à l’affût du point de vue, un film d’Ettore Scola, les parents, se faire tirer le portrait, Richard Avedon, Andy Warhol, Valérie Solanas, l’image inversée sur le verre dépoli, travailler au café, un bouledogue lacéré, l’iconoclasme, tirer des fils, mener l’enquête, écouter quelqu’un parler, prendre des notes.

à écouter ici

L’Heure du thé *2

C’est parti! Le premier podcast est en ligne et dimanche 27 septembre à 17h, je retrouve Célia Houdart et Fabienne Radi au Grütli pour parler écriture et matériaux.

Dans Chez Soi – Une Odyssée de la vie domestique, Mona Chollet note que « le thé représente du temps à l’état liquide, chaud et parfumé ». En lisant ceci le printemps passé, j’avais réalisé que pour réellement prendre le temps de penser à ce que nous faisons, pour arriver à ralentir la cadence (production) et observer le changement permanent de la création (processus), il faudrait littéralement prendre le thé. Dans le cadre de mon projet, cela voulait dire réunir des personnes avec qui boire un thé (qui ne va pas sans une part de cake) tout en parlant des questions qui nous occupent. Comment se fabriquent les textes ? Quels usages nous faisons de la littérature ? Quels sont les matériaux de l’écriture ? Pourquoi des livres et pas des affiches, des bouts de cartons, des tickets de métro ou simplement des murs ? J’espérais que prendre un goûter, en plus de se réunir pour parler d’écriture, agirait d’une manière positive sur le groupe, instaurant même un sentiment provisoire de communauté, ce qui dans mon esprit, faciliterait les échanges tout en les enrichissant (confiance mutuelle, griserie du sucre, état de bien être général). Dans le même état d’esprit, j’irais à la rencontre de personnes qui écrivent avec mon enregistreur. Une partie de la préparation consiste à mettre en œuvre la possibilité d’une conversation autour d’un T (qui est aussi bien le thé que le texte).

Initiée à ce rituel par une amie exilée dans le Yorkshire, j’ai l’habitude de boire un thé tous les jours aux alentours de seize ou dix-sept heures. Je le fais seule ou accompagnée, en travaillant ou en ne faisant rien, et jamais cette activité n’avait revêtu à mes yeux de dimension politique avant la semaine dernière. Lisant le journal en me tenant la tête comme cela est devenu une habitude (pour ne pas flancher et/ou pour rester concentrée), j’ai pris conscience que dans la « nouvelle normalité » fumer une cigarette en groupe sur le trottoir, manger des cacahuètes à plusieurs dans le même bol, être serré.e.s les un.e.s contre les autres pour écouter de la poésie contemporaine dans une toute petite salle de cinéma mal aérée ou prendre le thé tous ensemble au nom de la création littéraire, tout cela est en train de devenir politique d’une nouvelle manière.

Je crois qu’il n’y a pas d’expériences esthétiques en-dehors de la vie ordinaire. La pensée, les rêves et les questions ont besoin de la réverbération du monde matériel. Et les substances que l’on absorbe souvent en tournant les pages d’un livre, pendant que le disque danse sur la platine, en sortant du théâtre ou en repensant au film que l’on vient de voir, inscrivent ces expériences en nous par l’entremise de détails comme la fumée de la cigarette, le sel sur les cacahuètes ou le parfum de la bergamote.

Cet automne, je dirais avec Richard Brautigan que « C’est le bon moment pour mélanger des phrases / des phrases et de la terre, le soleil / et la ponctuation, la pluie et / des verbes, que les asticots traversent / les points d’interrogation / que les étoiles éclairent les noms / bourgeonnants, et que la rosée se forme sur / des paragraphes[1]. »


[1] “Courge” dans Please Plant This Book, Richard Brautigan, 1968

L’Heure du thé *1

L’Heure du thé est un podcast et une série de rencontres que je propose au Grütli.

A travers des interviews, des créations sonores, des lectures et des conversations publiques, l’Heure du thé abordera le versant concret de la création dans les arts du texte et du langage. Ensemble, on parlera des processus d’écriture, des méthodes de recherche, du travail collectif et des expériences partagées. On se posera des questions sur les intuitions ou les influences, le travail ou la production, les ailes ou les cuisses, s’approprier ou se documenter, s’écrire ou se parler, imaginer ou enregistrer. On s’intéressera aux usages multiples du langage comme art et toujours, à la fabrique des œuvres, en se demandant comment un processus de création agit sur le réel, le monde, le temps.

Parmi les bons conseils que nous a laissé Ludwig Wittgenstein, celui-ci résume efficacement le problème : « Si telle pierre ne veut pas bouger pour l’instant, si elle est coincée, fais bouger s’abord d’autres pierres autour d’elle. »

C’est exactement ce qu’on se propose de faire : raconter l’histoire d’une pierre qui refuse de bouger, décrire les tactiques inventées pour déplacer un caillou, débattre de la meilleure façon de s’extraire quand on est coincé sous un rocher, discuter de l’importance de telle pavé face à tel galet, se demander comment lever une pierre et penser, apprendre à soulever avec la même légèreté du gravier et du marbre, se demander si l’on peut choisir les caillou qui nous coincent, quoi faire des cailloux embêtants quand ce sont des diamants, et si les pierres étaient des bûches qu’est-ce que cela changerait au fond ?

Du fond et comment il arrive dans la forme, on en parlera sans arrêt. Wittgenstein donne un autre bon conseil qui n’est pas sans rapport : « Assez de gesticulations ! Contente-toi de dire ce que tu as à dire ! » Car le moment arrive toujours quand, heureus.e.x ou fatigué.e, on balance le dernier morceau de quartz superflu et on s’élance à travers les cailloux.

Comment, pourquoi, avec qui, dans quel but ? En enquêtant parmi les matériaux comme si on était des détectives et en fouillant dans toute cette matière comme si on était des archéologues, on tentera de répondre à ces questions.

Pour accomplir ceci il faudra prendre le temps. A ce sujet, Mona Chollet note que « le thé représente du temps à l’état liquide, chaud et parfumé ». Pour accomplir tout ceci il faudra également prendre le thé.

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